Lettre de Noël 2019 - Les Frênes Communauté

Creche honville

                        Crèche de Sabine de Coune – Chapelle de Honville

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Noël… ou la fin et la disparition des étoiles mortes

MÉDITATION

Sans être collapsologue (la crise du climat annonce l’apocalypse), Jésus annonce la fin des temps. Jésus nous dit que nous n’avons plus le temps. Il est urgent de combler l’abîme entre qui nous sommes et ce que nous vivons. Pour Jésus, la grâce est capable de restaurer tout être. Mais la grâce ne force jamais notre liberté.

La plupart des sagesses constatent que notre désir est insatiable et cela nous met en porte-à-faux. Pour le croyant, Dieu est l’infini qui nous manque et l’amour qui nous fonde. Le christianisme est cette voie-voix, qui affirme que nous pouvons être comblés…, car nous sommes aimés INFINIMENT ; mais cet amour n’est pas un sentiment. Il est un AMOUR infini. Il est notre véritable nature mais il n’apparaît guère même dans nos amours humaines tellement teintées d’intérêts (même inconscients) et empreintes de contrôle social et d’obligations déguisées qui nous formatent et mangent notre moi véritable.

La vraie liberté n’est pas courante dans les quotidiens humains. Nos libertés sont abîmées par nos violences et par celles des autres. L’évangile nous invite à tendre l’autre joue. De retour à Nazareth, Jésus est menacé par son clan fâché contre lui et qui essaie de le tuer.  « Il passa au milieu d’eux et s’en alla » (Luc 4. 28-30).

On ne naît pas violent, on le devient… C’est le drame humain engendré par les violences qui s’enchaînent et qui enchaînent CHACUN. Nous portons tous des blessures et nous nous défendons.

Le Christ fait l’impossible pour enrayer les liens apparemment inéluctables entre nos souffrances-blessures et nos violences souvent répétées. Il nous demande de cesser tous nos mécanismes de défense. Je deviens libre d’être traversé par ma souffrance et d’éviter les surenchères des vengeances. Notre MOI, notre caractère, n’est qu’un système de défense et cela nous rend incapables d’aimer. Notre moi n’est souvent que le fruit de tous les conditionnements et cela grève lourdement notre vraie réalité : chacun est unique et divin.

Donc il s’agit d’aimer en actes et en vérité. L’expérience humaine et l’expérience chrétienne véritable nous remuent jusqu’au entrailles comme fut remué le Samaritain dérouté (au sens strict) par l’homme abîmé au bord du chemin. Réellement, on devient ce que l’on cherche. En nous est l’infini. Essayons de nommer les qualités spirituelles qui nous ouvrent à cet infini et de mettre une sourdine permanente à tout le reste.

Enfant1Vieil homme

 

 

 

 

 

 

 

Il s’agit de se mettre en abonnement permanent (avec reconduction tacite) à toutes les grâces et même à leurs dérives comme l’écrit si bien, dans plusieurs œuvres, Dostoïevski.

Notre vie est épreuve spirituelle. Le Christ est conduit au désert par l’Esprit et il y expérimente l‘épreuve des tentations… celles-là mêmes qui rejoignent nos divisions intérieures dans nos rapports aux besoins-plaisirs, aux autres et aux puissances dont la puissance argentée.

Vivre en vérité devient la redécouverte émerveillée et émerveillante de notre unité personnelle et intérieure, capable des autres et actrice de Dieu.

Devenir chrétien, c’est être comme tout le monde : UNIQUE.

La fête de Noël est incarnative.

Elle préambule chacun de nous, elle occasionne notre être et notre liberté profonde.

Elle met en acte notre divinité.

Elle épiphane tous les étoilements.

Frère Philippe

 

Tout poète est cet enfant qui arrête la mort à main nue.

Hans Brinker

 

Comme l’autiste en se taisant, le poète s’ensevelit en écrivant : il vit une gloire interne et il est mort pour le monde.

Christian Bobin

 

N’apprends qu’avec réserve. Toute une vie ne suffit pas pour désapprendre, ce que naïf, soumis,

tu t’es laissé mettre dans la tête– innocent ! – sans songer aux conséquences.

Henri Michaux

                                                              

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Homélie Noël 2019 – Faculté universitaire saint Louis de Bruxelles

Vitrail nativite chartresLe baptême par Jean-Baptiste fut le commencement de la vie « publique » de Jésus. Jean-Baptiste fut considéré par Jésus, selon l’évangéliste Jean, comme le plus grand prophète du premier Testament.

La vie lumineuse de Jésus se grava de façon indélébile, dans l’esprit des disciples après la passion, la mort et la résurrection. Le compagnonnage d’un tel homme (le centurion dit : voici l’homme !) laissa aux disciples un souvenir qui, différent dans le cœur de chacun d’eux, ne manqua pas de cohérence commune. Les évangélistes écrivirent cette mémoire vivante et vivifiante pour nous, et les 4 évangiles devinrent le socle de ce que saint Augustin nomme, d’un joli concept, une mémoire d’avenir. Une mémoire d’avenir rayonnante qui accompagne les chrétiens depuis 2000 ans. Les évangélistes racontèrent la vie, la mort et la résurrection comme si c’était la signature par Dieu de la victoire du messie sur un destin fatal de mort et de haine. Un avenir de fraternité filiale s’ouvrait au cœur de l’histoire humaine et même au-delà de l’histoire. Mémoire d’avenir, qui ouvre l’avenir : cela s’appelle aussi espérance créatrice : création de demain et d’après-demain. 

Cette mémoire d’avenir fut lumière intelligente fidèle à l’esprit de Jésus pour créer l’histoire de l’Église racontée par Luc dans les Actes des Apôtres. La vertu d’espérance et la grâce de charité joyeuse des premières communautés chrétiennes furent contagieuses. Cette mémoire d’avenir connut, après quelques années ou décennies, un retournement génial de mémoire d’avenir elle se fit mémoire d’origine chez chaque évangéliste.

Saint Matthieu, misa sur l’origine historique du peuple juif : il décrypta l’origine de Jésus et mit en lumière ses racines abrahamiques et davidiques. Saint Luc, davantage ouvert à la culture grecque traça une autre mémoire. Il la fit remonter jusqu’à Adam ; ce faisant, Saint Luc rejoignait saint Paul qui avait fait de Jésus un nouvel Adam à portée universelle. Saint Marc, quant à lui, fit plus court et plus fort : les premiers mots de son évangile sont les suivants : évangile de Jésus-Christ, fils de Dieu. La mémoire d’origine chez lui remonte à Dieu. Nul ne put remonter à une origine plus forte et plus radicale de Jésus que St Marc. 

La grande fresque que saint Jean dessine dans le Prologue déploie, oserais-je dire, les ailes de cette formule : fils de Dieu. La mémoire d’origine du Messie, selon saint Jean, remonte comme selon saint Marc à Dieu Lui-même. Cependant le prologue signe une peinture singulière de Dieu. Ce Dieu que nul œil n’a vu : il nous le peint comme un Dieu non absolu mais relationnel. Relationnel en lui-même, agapè. En lui-même, le Père est dialogue éternel avec le Verbe, qu’il nomme Fils et avec un souffle partageable qu’il nomme Esprit… Ce dernier, déjà présent lors de la création, a soufflé dans et par les prophètes et maintenant, il est partagé, à la Pentecôte, entre toutes celles et ceux qui s’ouvrent librement à Lui. 

Car, écrit saint Jean, un jour, le Verbe s’est fait chair. Oui, l’un de la Trinité s’est fait homme, disent les pères de l’église.

Quelle dut être la surprise, en Dieu, lorsqu’on ne vit plus le Verbe au ciel ? le Fils aurait-il fait une fugue ? Et sur la terre, quel événement pour les humains ! Les anges et les bergers n’en reviennent pas encore.

Une première dans l’histoire des greffes : l’humain pouvait être greffé sur les relations trinitaires s’il y consentait librement… et Dieu Verbe pouvait être greffé et s’unir à un humain.

Le prologue de l’évangile de Jean est un diamant brillant d’intelligence de la révélation pour une deuxième raison géniale. Il ose exprimer la bonne nouvelle dans un langage frémissant d’intelligence créatrice car il ose fiancer, voire marier, le Dabar : la parole en langue hébraïque avec …le Logos : la parole en langue grecque. Il propose un baiser d’amour divin entre deux grandes traditions de recherche de la vérité. Deux postures appelées à vivre de concert dans l’histoire de notre Eglise :

a) Un rapport grec à la vérité dessine un chemin dont la direction contraire conduirait à l’erreur.

b) Un rapport juif à la vérité indique un chemin relationnel dont la direction contraire serait le mensonge meurtrier.

Pour le dire autrement, une tension entre deux chemins vers la vérité surgit : 

a) la vérité savoir vérifiable grâce à des expériences falsifiables au cœur du réel …Un chemin de vérité … « preuve ». 

b) et la vérité éveil, réveil, nouvelle naissance : étranges ces mots qui désignent chez les premiers chrétiens la réalité de la relation ressuscitée et ressuscitante, par-delà les blessures, mêmes mortelles, auxquelles conduisent le mensonge et l’assassinat injuste.  Ce sont les mêmes mots qui désignent, chez les bouddhistes, l’expérience fondatrice de la vie spirituelle selon Bouddha. Ici, non vérité-savoir, prouvée mais vérité attestée.

Pour le dire à partir de ma petite perception : des fiançailles entre la vérité véhiculée dans une culture (grecque) dominée par l’intelligence du voir ; un voir qui maîtrise et admire la vérité véhiculée dans une culture juive animée par une écoute ; l’écoute d’une voix qui appelle ou enjoint la volonté à devenir filiale et fraternelle ; voix qui a des résonnances, lorsqu’elle est entendue, jusque dans les entrailles.

Où, mieux que dans une université de tradition chrétienne, l'alliance entre ces deux types de recherche-vérité peut-elle, doit-elle être cultivée et honorée ?

Mais revenons à la fin du texte du prologue.

Subsisterait, selon Jean, une ombre… Si la greffe de Dieu avec l’homme a réussi en Jésus, il semblerait qu’une ombre se soit glissée dans la fresque. Destinée, à l’origine, à toutes et tous, la greffe du divin et de l’humain semblerait, à saint Jean, n’avoir pas tout à fait pris. Saint Jean fait écho à un certain phénomène de rejet : il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu. Mais, ajoute-t-il, honorant l’indispensable liberté : à ceux qui l’ont reçu, il a donné de devenir enfants de Dieu. 

Emmanuel Levinas, penseur juif, me faisait remarquer qu’il était, pour lui, difficile d’entendre que le Messie était déjà venu. Pour lui, il ne pouvait être venu tant qu’une souffrance, due à un massacre injuste d’innocents, faisait encore couler une larme sur terre. Peut-on vraiment confesser la foi chrétienne ? Confesser que Jésus est Christ Messie tant qu’il existe des massacres d’innocents, me demanda-t-il, lui qui avait connu, en tant que Juif, le génocide de 40-45.

La première greffe du divin avec l’humain avait été tentée sous Moïse par le don de la loi qui aurait déjà dû changer le cœur de l’homme grâce au double commandement de l’amour de Dieu et de l’homme, et voici que la deuxième greffe où auraient été ajoutées grâce et vérité souffrirait toujours d’une ombre énigmatique… L’ombre du mal subsistant légitime, à mes yeux, la question de Levinas. Le slogan selon lequel l’homme est un loup pour l’homme, est-il vraiment derrière nous ? La mort et la haine, déclarées vaincues, ont-elles vraiment dit leur dernier mot ? 

Dans son évangile, saint Jean nous dit sous forme d’invitation : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. La nouvelle greffe ne sera crédible que si nous nous aimons les uns les autres, comme le Christ nous a aimés. Tout se passe, comme si, dans cette histoire de greffes, Dieu n’en finissait pas de solliciter des donneurs et donneuses christiques pour continuer l’œuvre du Messie et la rendre crédible chaque jour en prenant soin du souffrant, du pauvre ou de l’exclu jusqu’à ce que le Messie revienne vers nous. C’était l’espérance des premiers chrétiens. Veillons, réveillons-nous, revêtons-nous de bien-veillance et prenons part au « take care » de la solidarité fraternelle qui demeure un programme d’urgence messianique et qui n’exige nul souci de savoir si ceux et celles qui y collaborent croient au ciel ou n’y croient pas.

Par son Verbe et son Esprit, Dieu semble solliciter d’autres « oui » aussi simples et aussi nets que le « oui » de Marie. Des témoins de la fraternité existent à nos portes. Ouvrons les yeux et les oreilles pour voir et entendre le Christ vivant dans les rues du quartier nord de Bruxelles et les couloirs de l’université et rejoignons-le aujourd’hui comme nous y invite l‘œuvre du peintre Rouault intitulée « Et le Verbe s’est fait chair » et comme va nous y inviter le témoignage de Lize de Bie, aumônière à la clinique saint Jean, que nous allons entendre. Toutes ces œuvres artistiques ou soignantes donnent à penser que le Verbe se fait encore chair dans des expériences de joie solidaire, de fraternité filiale. Merci à vous toutes et tous et bonne fête de Noël. 

José Reding, théologien

Prière des Noëls quotidiens

Prière à Marie pour le temps de Noël

qui est tout le temps

 

Marie, Myriam,

C'est toi que je visite aujourd'hui,

toi qui es de toutes les visitations,

toi qui es de tous les transports,

toi qui remplis les cœurs vides .

Mon cœur embarrassé aimerait ressembler

au tien qui est rempli, comblé par l'Emmanuel :

ce petit bout de ce Dieu de rien du tout,

ce Dieu sans allure et sans force

et auquel par toi je veux m'adresser

pour qu'il m'habite, qu'il soit chez lui chez moi.

 

 

 

 

 

J'ai besoin de son souffle en moi

pour que s'animent par moi quelques grains de vie.

Je te prie d'intervenir, d'intercéder auprès de lui,

toi qui est sa plus proche, toi qui est sa compagne,

laisse-le me guérir de tout et surtout de moi-même.

Marie, quand ton Jésus sera là,

accepte de me compter pour son ami.

Marie, temple de l'Esprit, crèche du Vivant.

Marie, toi la logeuse de Dieu.

Je te salue Marie, tu es pleine de grâce.

Frère Philippe

Nativ mages

Épiphanie (Échotier janvier 2020)

Aux fêtes païennes qui célébraient, en Égypte, le solstice d’hiver, le 6 janvier, se rattachaient d’anciennes légendes de changement en vin de l’eau de certaines sources et de celle du Nil. Dès le 3ème siècle, les Gnostiques tentèrent de christianiser ces récits en fêtant ce jour-là le baptême du Christ. Selon leur doctrine, c’est au moment du baptême de Jésus que la divinité s’était unie à son humanité, que le Verbe de Dieu s’est manifesté en lui. Lorsque, dès la première moitié du 4ème siècle, les Églises d’Égypte commencèrent à fêter l’Épiphanie, elles joignirent au souvenir du baptême de Jésus celui de sa nativité. Il y avait là une réaction de la foi de l’Église face à la gnose :  l’union de la divinité et de l’humanité dans le Christ n’est pas liée à son baptême, mais à l’incarnation du Verbe en Marie ; la naissance de Jésus à Bethléem constitue par excellence la manifestation de Dieu parmi les hommes.

Les chrétiens de Palestine se rassemblaient à Bethléem pour fêter le 6 janvier la naissance de Jésus qu’ils appelaient son épiphanie. Ils se réunissaient le soir du 5 au champ des bergers, d’où ils se rendaient dans la basilique de la Nativité. On y lisait successivement le récit de Luc et celui de Mathieu. Aucun témoignage de la fin du 4ème siècle ou du début du 5ème n’y fait allusion au baptême du Seigneur. Seul saint Épiphane, originaire de Palestine mais évêque de Salamine, évoque à pareil jour le souvenir des noces de Cana.

Selon saint Jean Chrysostome, jusque vers 386, on célébra à Antioche le 6 janvier une fête générale de la Manifestation du Seigneur : « Quel est donc l’objet de la fête ? C’est que Dieu a apparu sur terre et a vécu avec les hommes » (Sur la Pentecôte Hom. 1,1). L’introduction de la solennité du 25 décembre fit de l’Épiphanie ou Théophanie la fête du baptême du Christ.

A Constantinople, saint Grégoire de Naziance est le plus ancien témoin de la double célébration du 25 décembre et du 6 janvier. C’est lui qui introduisit la première (379), dans un contexte de réaction anti-arienne, sous le nom de Théophanie ou Nativité, y attachant l’adoration des mages. Quant à la seconde, qu’il appelle « les Lumières », elle célèbre le baptême de Jésus.

Toutes les Églises d’Occident devaient recevoir l’Épiphanie dans les années où l’Orient accueillait Noël.

À Rome, le plus ancien témoin de la fête de l’Épiphanie est le pape saint Léon le Grand (440-461), mais elle devait y être célébrée depuis déjà un demi-siècle. Au jour de l’Épiphanie, saint Léon ne parle que de la venue des mages à Bethléem, car il y voit la manifestation de Dieu fait homme aux nations païennes : « Aujourd’hui celui que la Vierge enfanta se fait connaître au monde » (Serm.13.1). « Reconnaissons, dit-il encore, dans les mages adorateurs du Christ les prémices de notre vocation et de de notre foi » (Serm. 13.4). Ultérieurement, sous l’influence d’autres régions d’Occident, l’Office romain de l’Épiphanie devait s’enrichir de l’évocation du baptême du Seigneur et du miracle de Cana, mais la messe de l’Épiphanie a conservé la tradition spécifiquement romaine de la fête de la vocation des païens à la foi au Christ Fils de Dieu, que les mages adorèrent. Il en allait de même en Afrique selon saint Augustin.

Le plus ancien témoignage sur la célébration de l’Épiphanie en Occident provient de Gaule. Selon Ammien Marcellin, le 6 janvier 361, l’empereur Julien, qui avait déjà renoncé au christianisme dans son cœur, assista encore publiquement aux fêtes de l’Épiphanie par crainte de ses soldats. Il se trouvait alors à Vienne en Gaule. Il faut attendre saint Paulin de Nole (+ 431), aquitain d’origine, pour apprendre qu’en Gaule on célébrait au jour de l’Épiphanie la venue des mages, le baptême de Jésus et le miracle de Cana. Ces thèmes devaient être développés dans les formulaires ultérieurs de la liturgie gallicane.

En Espagne, l’Épiphanie était célébrée ainsi que Noël vers 380. On y commémorait la manifestation aux mages et elle se continuait dans le souvenir du massacre des enfants. Au temps d’Isidore de Séville (+ 636), on avait joint à ce thème celui du baptême et du miracle de Cana.

C’est l’Italie du Nord qui fut la première région d’Occident à regrouper plusieurs thèmes au jour de l’Épiphanie. Si les mages y tiennent la place principale, on y trouve aussi le baptême et la transfiguration du Seigneur. Au temps de saint Pierre Chrysologue (+ 451), le miracle de Cana avait remplacé la Transfiguration.

Éloge de la nuance et de la subversion, par Aurélien Barrau

(propos recueillis par Jérémy André, Le Monde des Religions, nov-déc 2019)

Y a-t-il un lien philosophique entre votre engagement écologique et votre travail sur le cosmos ?

Si c’est le cas, il se dessine à la marge. Il faut cesser de croire qu’en tant que scientifique, je comprendrais mieux les enjeux écologiques. Sur cette question, je ne clame pas être un expert. Il n’y a d’ailleurs pas d’expert, parce qu’il faut faire appel à trop de compétences. Mais surtout, la question doit être assumée comme politique : il s’agit de choisir le monde que l’on désire, ce n’est pas un problème prioritairement scientifique. En outre, je me méfie des pensées totales, qui réduisent tout à un système unique. Je n’imagine pas un homme qui parlerait d’amour comme il résoudrait des équations. Pour mon doctorat de philosophie, par exemple, je ne me suis pas intéressé à l’épistémologie, alors qu’on m’y poussait en tant qu’astrophysicien : j’ai travaillé sur la notion de multiplicité chez Derrida. Le monde est trop riche pour qu’on se restreigne à une seule manière de l’arpenter.

Pensez-vous qu’en tant que savant, vous percevez le monde différemment des autres ?

Je ne me considère pas comme un savant, plutôt comme un marcheur errant, un peu perdu et souvent inquiet. Ce qui structure la richesse de nos perceptions, ce sont avant tout nos capacités de décalage ou décadrage. J’aime infiniment la science, mais je ne pense pas qu’elle soit une ontologie, une théorie sur l’être.

Un scientifique peut-il donc encore croire en Dieu ?

Oui, tout à fait. Je suis athée, mais il me semblerait littéralement effrayant de prétendre que l'existence des théories mathématiques complexes soit incompatible avec l'expérience authentique de la foi.

 

BarrauAurélien Barrau

Professeur à l'université de Grenoble, au sein du laboratoire de physique subatomique et de cosmologie, il est l'auteur de Big-Bang et au-delà : balade en cosmologie (Dunod, 2013) et Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité (Michel Lafon, 2019).

La théologie chrétienne, à la base du capitalisme, distingue l'homme du reste de la création. La science peut-elle proposer une autre vision de l'univers, qui n'oppose pas l'homme à la nature ?

Oui et non. Naturellement, la biologie, par exemple, aide à comprendre que les humains sont des animaux parmi d'autres. Elle montre que ce mythe de l'absence de douleur ou de conscience chez les non-humains est intenable. Elle contribue donc effectivement à émietter le terrible anthropocentrisme qui a vertébré notre histoire. Elle est un des matériaux à disposition. Néanmoins, dans l'élaboration d'une " vision de l'Univers ", il faut plus que la science. Il faut aussi l'éthique, l'esthétique, le politique. Il n'est pas scientifiquement interdit de tuer, comme on le fait, 1000 milliards d'êtres vivants sensibles chaque année, souvent dans des conditions abominables. En revanche - et sachant de plus que c'est catastrophique pour l'environnement et la santé -, ça me semble assez insupportable. Cette conclusion passe par la science mais ne s'y résume pas.

Ciel etoile

Le " Big Bang " est souvent décrit comme une sorte d'étincelle de la création, à la manière des récits cosmogoniques. Cette représentation est-elle correcte ?

Le modèle cosmologique du Big Bang est bien différent de cela. Il montre que l'espace est en expansion et que tout ce qui est aujourd'hui visible fut en effet contenu dans une sphère plus petite qu'une tête d'épingle. Il ne dit cependant rien de l'éventuel instant originel en lui-même. Je crois que chercher la Genèse dans le modèle astrophysique du Big Bang est offensant pour la science comme pour la foi. C’est réduire ces êtres-au-monde en les prenant par le petit bout de la lorgnette.

Si le Big Bang n'est pas une création ex nihilo, de quoi peut-il s'agir ?

La théorie de la gravitation quantique en boucles, sur laquelle je travaille, conduit plutôt à penser qu'il y aurait eu une phase de contraction de l'Univers avant l'actuelle expansion. D'autres modèles proposent des états cosmologiques "gestatifs". C'est une question ouverte.

La science ne vient-elle pas là trancher des débats métaphysiques ?

Je ne pense pas. Il existe une profonde incommensurabilité entre les champs de pensée. Avec pourtant des passes, naturellement. Deux écueils nous guettent aujourd'hui. D'une part, le déni de la science, conduisant aux pires impostures - par exemple le climato-scepticisme. D'autre part, le scientisme naïf qui oublie que la science n'est qu'une manière parmi d'autres d'affronter le réel, qui oublie toutes les contradictions qui traversent chacune des questions subtiles. Plus que jamais, je crois qu'il faut être radicalement nuancé.

La défiance croissante envers les discours scientifiques, du climato-scepticisme aux antivax (antivaccins), vient-elle d'une montée de l'irrationnel et du religieux ?

Il ne me semble pas que ce soit le cas. On peut être très religieux et incroyablement rationnel. Le fait est que la raison est protéiforme. Et la pensée religieuse est elle aussi victime d'attaques injustes. Le problème, c'est la généralisation des postures caricaturales, brutales, malveillantes. La pensée, ce n'est pas monter sur un ring et se "clasher". Il est aussi très alarmant que le système soit parvenu à nous donner l'impression que préférer la vie à l'argent est une posture extrémiste ou dangereuse !

La solution ne serait-elle pas d'exclure certains discours qui remettent en cause le consensus scientifique, comme celui des climato-sceptiques ?

Je n'aime pas l'idée de museler quiconque. Je préfèrerais plaider pour une audace de la subtilité et parier sur une bienveillante subversion. Sans trop y croire… ♦

                                                                  

 

Une refondation des Frênes ou comment poursuivre un chemin…

Des tensions internes à la communauté n’ont pas permis de fêter en 2019, avec un minimum de sérénité et de vérité, le 40ème anniversaire de notre maison. Partie remise ? Oui et non ! Il nous semble plus juste en effet de profiter de l’occasion (et de la crise) pour ré-orienter le projet vers un mode de « Fraternité », tout en restant fidèles aux intuitions de base. L’année qui s’achève n’aura pas été stérile pour autant puisqu’elle a vu s’enclencher le processus de reprise par l’ASBL, elle-même restructurée, des parts de l’immobilière propriétaire des biens ; ceci grâce à la portion qui lui revient de quelques héritages enregistrés ces derniers temps.

Un peu avant le Carême, celles et ceux qui le demanderont (nous faire signe avant le 10 février 2020) recevront un calendrier des Frênes refondés après 40 ans d’un parcours aux sinuosités presque capricieuses, comme le sont les va-et-vient d’un ruisseau ardennais hésitant entre ombres et lumières, à creuser une vallée trop grande. Un livret de Carême accompagnera l’agenda 2020 avec toutes précisions pratiques.

Merci à tous ceux qui durant toutes ces années écoulées nous ont accompagnés et à ceux qui nous accompagneront encore demain.

Roger, Philippe et quelques autres…


Pour nous contacter :

Les Frênes Communauté

Venelle Saint Antoine à Warnach, 52   –   6637 Fauvillers (Belgique)

Tél : (0032) 063/60.12.13

les.frenes@skynet.be 

Attention, le site des Frênes étant actuellement désactivé, vous pouvez aussi nous joindre via le site des paroisses : www.paroisseshautesure.be

Pour nous aider à poursuivre le projet, tout don sera accueilli avec reconnaissance sur le compte :

BE04 3631 6930 2931 (BIC : BBRUBEBB)

- Les Frênes A.S.B.L. Warnach-Fauvillers

ATTENTION : nouveau n° de compte


A noter dans votre agenda : récollection de Carême

Du vendredi 13 mars 2020 en soirée (eucharistie à 18h30) au dimanche 15 mars à 14h.

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